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DÉFENSE DE TOUCHES

Bois, ivoire, fil de coton. (suspension 1 m x 1,2 m x 6 m)

Ah savez-vous pourquoi, ma tante,
L’éléphant du Jardin des Plantes
Traîne son nez d’un air gêné,
Comme s’il était pris en faute ?
Cela ne se dit pas, ma tante,
Dans un monde à voix haute…

1870-1871, c’est la Commune et les Parisiens sont affamés. Ils ont mangé l’ours et les antilopes, le 1er décembre, le cerf y passera à son tour, et le jeudi 29 et le vendredi 30 décembre,  les deux éléphants Castor et Pollux seront abattus.

L’éléphant offert à la France par le prince héritier d’Éthiopie vécut, lui, jusqu’à sa mort au zoo du Jardin des Plantes. Pour être offert à l’Etat français, l’animal devait être un beau représentant des elephantidae, et ses défenses auront été épargnées par la captivité.
Elles sont parmi les plus belles conservées au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et portent la référence 19231001*.
Les mesures prises sur place ont été multipliées par trois : 50 cm de diamètre, 6 mètres de longueur, quatre mètres carrés et demi en développé.
Elle est fabriquée comme un bateau, avec des couples en fruitier répartis tous les 30 cm. La forme est recouverte de baguettes en Red Cedar d’un centimètre de large.
Jusqu’en 1960 les claviers de piano ont été recouverts d’ivoire, les matières de substitution ne convenaient pas aux pianistes, plus difficiles que les joueurs de billard qui adoptèrent très tôt la matière celluloïd. Il faut dire que les boules synthétiques étaient plus rondes, plus régulières.
Une touche blanche est faite de trois pièces identiques, sauf aux deux extrémités du clavier, le la grave et le mi haut étant un peu plus larges. La spatule, l’endroit où se pose le doigt, et la partie carrée verticale sont décollées au fer chaud par les restaurateurs. Seule la queue, la partie de la touche la plus fine, qui se glisse entre l’ébène des touches noires, n’est pas récupérée.
Un piano compte 88 touches, 36 noires et 52 blanches.
Les 4470 morceaux d’ivoire de 10cm par 1cm qui ont été sauvés du feu (sur plus de 90 pianos) pour plaquer cette œuvre ont été réunis en trois ans.
Comme sur le nuancier d’un dentiste, les variations des teintes de l’ivoire peuvent être très importantes. En fonction de la qualité de fabrication du piano, il pouvait provenir de Guinée, le plus lumineux et le plus doux au toucher, ou d’Asie, réputé moins blanc et moins fin… Le cadre de vie de l’instrument provoque également des changements majeurs : le clavier d’un piano ayant séjourné un demi-siècle dans un club enfumé prend la couleur des incisives d’un fumeur ; celui d’un instrument de salon, peu joué et recouvert de velours restera immaculé.
Sur les 110 claviers détournés de la destruction, les différences étaient telles qu’ils ne pouvaient rester en l’état. L’approvisionnement aléatoire ne permettait pas de réaliser un dégradé régulier, aussi les touches durent-elles être blanchies à l’eau oxygénée, même si elles conservent des teintes différentes.
L’ivoire est translucide, la colle de peau couleur miel utilisée par les facteurs et le blanc de zinc ajouté donnent au mélange un beau blanc opaque.
La diminution progressive de la taille du fût a été compensée en supprimant quelques lignes de touches à l’aplomb de chaque couple. Ainsi les 114 touches de circonférence de la partie la plus large ne sont plus que 48 à son extrémité.
L’ivoire a été traité pour plaquer la pointe et prendre sa forme, pas si pointue, la pointe, car même en captivité les défenses s’usent et s’arrondissent.

Pendant la guerre de Sécession, aux États-Unis, le blocus imposé aux Sudistes rend impossible l’importation de l’ivoire d’éléphant, dans lequel sont tournées les boules de billard. L’usage intensif d’ivoire faisait craindre l’extinction de l’espèce. La société Phelan & Collender de New York, qui fabrique des accessoires pour le billard et voit son industrie menacée, lance un concours destiné à récompenser celui qui trouvera un matériau de substitution à l’ivoire et le dote d’un prix de 10 000 dollars (prix qui ne fut d’ailleurs à priori jamais attribué).
L’Américain
John Wesley Hyatt, imprimeur et inventeur amateur, débute ses recherches en 1863 sur le nitrate de cellulose avec l’intention de remporter ce prix. En 1869, après de nombreuses tentatives, il réussit à recouvrir une boule de billard avec du collodion, solution de nitrate de cellulose diluée dans de l’acétone ou de l’éther, qui laisse un film de cellulose lorsque le solvant s’évapore. Ce matériau était cependant trop fragile pour résister aux chocs des boules de billard entre elles. En 1870, John et son frère Isaiah mélangent le nitrate de cellulose et le camphre et obtiennent le celluloïd. À l’époque, on le produisait en broyant du papier de soie qu’on mélangeait à de l’acide nitrique et de l’acide sulfurique. Naissait ainsi le nitrate de cellulose, qu’on « plastifiait » ensuite par addition de camphre (extrait du camphrier), de pigments et d’alcool.​
Alexander Parkes et Daniel Spill avaient déjà étudié le camphre dans leurs premières expériences, mais ce sont les frères Hyatt qui ont reconnu sa vraie utilité et son rôle dans la création du celluloïd à partir du nitrate de cellulose. Isaiah commercialisa ce nouveau produit sous le nom de Celluloïd en 1872.
L’inventeur anglais Spill poursuivit alors en justice les frères Hyatt, se proclamant à l’origine de cette invention, de nombreux procès eurent lieu entre 1877 et 1884. Finalement on reconnut que le vrai inventeur du Celluloïd était en fait Alexander Parkes et le juge autorisa la poursuite de l’activité de toutes les fabriques de celluloïd, incluant la Hyatts’ Celluloid Manufacturing Company.